27 juin 2021 : dimanche, 13ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

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Lectures de la messe
1ère lecture Sg 1, 13-15 ; 2, 23- : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde
Psaume 29 (30), 2.4, 5-6ab, ... : Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé.
2ème lecture 2Co 8, 7.9.13-15 : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères...
Évangile Mc 5, 21-43 : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

Méditation : Qu’as-tu fais de ton frère... ta sœur ? (Gn4 & Mt25 & Jc1)
Que ferait Jésus venant en ce temps de Covid ?
 
Frères et sœurs, puisque nous avons tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour... qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de nous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que nous avons en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler nos besoins, et cela fera l’égalité... (2Co 8, 7...).

Dans l’Evangile de Marc, Jésus commence directement sa mission en Galilée après son baptême et les tentations. Baptême, où l’Esprit comme une colombe descend sur lui et qu’une voix des cieux lui dit « Tu es mon fils, l’Aimé, en toi je me plais ». Ensuite, l’Esprit jette Jésus dans le désert et là, même éprouvé par Satan, Jésus en sort victorieux : il est avec les bêtes sauvages et les anges le servent. Jean-le-Baptiste livré, le temps est accompli et Jésus entre dans la vie publique... il marche sans cesse sur les chemins de Galilée et va à la rencontre des êtres humains... il appelle, il enseigne, il guérit, il interpelle. Autant d’actions et de paroles qui invitent les Galiléens à changer leur regard/leur parole sur eux-mêmes, sur les autres et sur Dieu. Très vite les personnes vont adopter des attitudes différentes face à Jésus et se diviser en deux groupes : les « rayés » et les « transparents » dixit B&A. Thiran-Guibert (1)

Les « rayés », ces personnes concrètes, authentiques par leur humilité et conscientes de leur « pauvretés », osent exister et s’affirmer face à Jésus (par ex. les démoniques, les lépreux...). Ils ont l’initiative ou leurs proches, cherchent Jésus, l’approchent. Audacieux (par ex. les lépreux), ils osent dépasser les tabous, les impossibles. En état de détresse, de besoins, ils osent demander de l’aide car ils ont confiance en Jésus, ils s’ouvrent à lui, malgré le fait qu’il les déroute parfois. N’ayant parfois rien à perdre : ils n’ont pas peur du nouveau, de l’inconnu.

Jésus les accueille avec bienveillance ou va vers eux dans leur lieu de vie. Il fait la différence entre le mal (malin ou maladie) et la personne. Avec le démon, il ne négocie pas, il le fait taire et le chasse. Avec les malades, compassion... il est touché... via tous ces sens : écoute, regard, parole, toucher... Il est audacieux, il n’a pas peur d’eux... Il prend même le risque d’être accusé de transgresser la loi (par ex. guérison un jour de Sabbat). Il a des paroles fermes qui libèrent et mettent en mouvement : « Lève-toi... Viens au milieu... Sois purifié, tes péchés sont pardonnés... ». Jésus remet les Galiléens debout dans leur intégrité, les réinsère dans la société, les (re-) met en relation avec Dieu. Jésus désire leur vie avant toute chose.
Lectures de la messe
1ère lecture Sg 1, 13-15 ; 2, 23- : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde Psaume 29 (30), 2.4, 5-6ab, ... : Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé.
2ème lecture 2Co 8, 7.9.13-15 : « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères... Évangile Mc 5, 21-43 : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
Méditation : Qu’as-tu fais de ton frère... ta sœur ? (Gn4 & Mt25 & Jc1) Que ferait Jésus venant en ce temps de Covid ?

Jésus connait les paroles du livre de la Sagesse :
« Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent : ce qui naît dans le monde est porteur de vie ». (Sg 1, 13...).

Quand Jésus rencontre ses « rayés, rayés par la société et parfois par eux-mêmes (ça les arrange parfois !), il les remet debout en disant : « Tu as de la valeur pour moi et pour Dieu ». Il délivre ces « rayés » du doute d’être aimé, sans nier ou avoir peur de leur part de « rayé ». Le résultat ne se fait pas attendre : vitalité et joie. Ils se mettent en mouvement, au service (par ex. la belle-mère de Pierre), partagent la nouvelle (a contrario de ce que Jésus demande parfois, ils désobéissent... le lépreux, Légion). Ils le suivent (Lévi) ou réintègrent leur communauté sociale (Légion).

Ceux qui se croient « transparents » sont interpellés ! Les pharisiens, les scribes... qui cherchent sans cesse à être dans le bon chemin, sollicitent la confirmation de leur valeur dans le regard des autres et de la société. Toujours en groupe, restant à distance, jugeant Jésus selon l’inertie de leurs traditions. D’abord silencieux puis petit à petit osant lui adresser la parole... voir même plus tard lui manifesteront de la colère... négative. Ces « transparents » sont en lien avec Dieu, via la religion... Jésus à une liaison en life avec son Père ; sont en lien avec les hommes, via la Loi.... Jésus voit l’autre avec le regard du Père. Ils sont tout le temps dans leur tête... et du « permis pas permis » ... et ne se réfèrent pas aux personnes ni à leur vécu... Même pour eux, ils n’expriment ni leurs besoins... ni leur vécu profond. Sceptique de sceptiques dès le départ, ils considèrent Jésus comme un « rayé » ... dérangeant, ils l’épient et cherchent à l’élimer car ils se sentent menacés dans leurs identités, leur « transparent ».

Jésus ne les attaque pas de front : « Pour qui vous prenez-vous ? », « C’est vous qui êtes responsables de ces situations d’exclusion ». Jésus espère, qu’en s’adressant d’abord aux « rayés » il travaille la conscience des « transparents ». Qu’ainsi pendant un instant, les « transparents » se rendent compte de la valeur des « rayés » d’une part et, d’autre part de leur propre erreur... qu’ils redeviennent humain, limité et vulnérable, capable d’aimer et être aimé... redressés dans leur humanité. Ça paraît si simple... mais les préjugés... les idéologies ! Jésus va vers eux, vit ses émotions, ose, il n’a pas peur d’eux. Dans sa rencontre avec les « transparents », il interpelle leur conscience par ses paroles parfois très fermes et par ses actes, et, révèle leur part de « rayé » sans toutefois jamais les rayer complétement, il les ouvre sur un avenir et leur signifie : « N’aie pas peur, ne t’enfuis pas, Dieu t’aime avec ton rayé ».

Donc, dès que Jésus commence sa vie publique, l’incompréhension s’installe, et le conflit se noue. Que faire face à ces blocages ? Comment s’y prend Jésus pour « ancrer en terre » cette communion... ce Royaume qu’il (nous) propose de vivre avec les autres ?
Communion, à l’image de celle qu’il vit avec son Père...

Observons sa pédagogie... Au « hasard » des rencontres, il essaiera de rejoindre chacun là où il est : formant des disciples, enseignant et guérissant les personnes (ici « la guérison de la femme hémorroïsse » et « la fille du chef de la synagogue Jaïre rappelée à la vie ») et les foules, évitant d’être récupéré par sa famille, interpellant les consciences des scribes et des pharisiens et finalement s’ouvrant aux païens.

Si dans un premier temps, la réponse de Jésus face aux situations conflictuelles et aux préoccupations de ses disciples, est le mode de propagation du Royaume (par ex. les paraboles « du semeur » et de la « graine de moutarde »).
Dans un deuxième temps, sa réponse est d’engager la responsabilité personnelle des humains face à ces situations : « Guérison de la femme hémorroïsse » et de « La fille du chef de la synagogue Jaïre rappelée à la vie ». (Évangile Mc 5, 21-43)

Au moment où Jésus revient en Galilée... - après avoir traversé la mer de Tibériade : il vient de libérer Légion, bouc émissaire, vivant dans la région païenne de Gérasa, en Décapole –, Jésus est brusquement confronté à ce que recèle de détresse et de drames...l’ordre « naturel » des choses (2). Il va montrer ce qu’il vient guérir : la perte de sang, càd la vie qui s’en va. Perdre son sang pour une personne est une très grande infirmité et pas uniquement physique.

Il s’agit d’une femme... dans une société patriarcale... De plus, elle perd continuellement le sang : elle est donc considérée comme impure à cause de son hémorragie... elle n’a donc plus de statut social, l’empêche de toute relation maritale sexuelle et de possibilité de grossesse... elle ne peut plus donner la vie. Elle est en quelque sorte une « morte en vie » !

Tant pour cette femme qui perd son sang depuis 12 ans, que pour la petite fille de Jaïre qui est morte, il n’y a plus de solutions « terrestres ».
La « petite fille » dont parle Jaïre à 12 ans ; il s’agit de l’âge où, en Israël, une fille devient nubile, une femme. Continuer à appeler « petite fille » celle qui sort de l’enfance, c’est l’empêcher d’arriver à l’âge adulte ; pour elle, l’extrémité de la vie est déjà là (2).

Jaïre voit Jésus -tombe à ses pieds- le supplie avec insistance et dit : « Ma petite fille est à toute extrémité, viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive » (Mc5,22.23)

« Jaïre, est un chef de synagogue. C’est en Marc la seule demande d’aide qui soit adressée à Jésus par un chef religieux. Cette démarche surprend d’ailleurs dans la mesure où elle s’écarte du comportement social attendu d’un chef de synagogue : non seulement il va vers un guérisseur populaire plutôt que de rester dans le cadre des codes médicaux traditionnels, mais en outre, il se prosterne devant lui (3) » !

« Jésus perçoit-il, derrière le cri du père, son angoisse face à l’enfant sur le point de « passer », soit à trépas, soit à l’âge adulte ? Jésus est un « passeur » ; il se propose donc d’aider la fille de Jaïre à « passer ». La réponse de Jésus tient toute entière dans sa démarche d’accompagner Jaïre (3) et il se met en route avec le chef de la synagogue.

Survient alors l’épisode de « la femme hémorroïsse ... » (2).
« Elle vit une situation pénible depuis 12 ans... elle a rencontré de nombreux médecins qui l’ont fait beaucoup souffrir car leurs soins répétés se sont avérés vains. Avec eux elle a non seulement dépensé tout pour rien, mais cet épuisement de ses ressources matérielles est allé de pair avec une aggravation du mal. En venant vers Jésus, cette femme ne cherche pas de nouveaux soins fournis par des professionnels, mais bien le « désir profond » de salut. Elle ne s’adresse pas à un soignant mais à un sauveur pour être délivrée en une seule fois et restaurée intégralement dans son être de femme. Dans ce but, elle invente une façon de recourir à Jésus sans le déranger et sans le solliciter explicitement... simplement le toucher... et que la frange... Cette réflexion de la femme semble participer d’une croyance magique, par ailleurs répandue, selon laquelle les vêtements, ainsi que d’autres objets, participent « aux qualités et aux propriétés de la personne » au point de suffire « à communiquer la force naturelle que possède le thaumaturge (3) ».

« La femme hémorroïsse, ayant appris ce qu’on disait de Jésus - vint par derrière dans la foule - se dit : « « Si je touche (*) au moins ses vêtements, je serai sauvée ». À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal ». (Mc5,28-9) (*) haptomai & splagchnizomai, geste de toucher « intentionnel d’émotion », de la femme (4)

Dans les 2 cas, nous contemplons la foi... d’un homme, en vue dans la société, et...
d’une femme, anonyme, « intouchable » dans la foule, dans un « au-delà de cet impossible à l’être humain ». Càd d’humains humbles, souffrants et impuissants et faisant confiance en la puissance divine qu’ils ont vu/entendu à l’œuvre en Jésus (4).

Cet épisode de la femme hémorroïsse a pour fonction de retarder l’arrivée de Jésus chez Jaïre, et de permettre ainsi à la petite fille » de mourir. (2) & ((4C) étude actantielle)).

« Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui.
Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché (*) mes vêtements ? »
Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase,
et tu demandes : « Qui m’a touché (*) ? » (Mc5,22-23).
(*) haptomai & splagchnizomai, geste de toucher « intentionnel d’émotion », de la femme (4)

La scène est presque humoristique et on a envie de prendre le parti des disciples pour dire à Jésus : « Mais enfin, ils n’arrêtent pas de te toucher, qu’est-ce que tu racontes ? ».
Mais Jésus a bien perçu la différence.
G. Sindt dira : « Un des ressorts du récit, c’est que Jésus se laisse arrêter par une personne qui ne compte pas dans la société ; que Jésus ose tenir compte de cette anonyme qui cherche discrètement le contact parce qu’elle ne peut pas faire plus » (3).

« Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.
Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé,
vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » (Mc5,32.4)

Pourquoi cette femme est-elle traversée de tels sentiments : crainte et tremblements ? Il ne s’agit pas d’une théophanie. Est-ce dû au fait de son geste de transgression, le toucher... aurait-elle rendu Jésus impur ? Elle devra peut-être lever son anonymat... s’expliquer...
La femme sait ce qui lui est arrivé, son corps est bouleversé... mais pas seulement... Car la prise de parole publique à laquelle elle est amenée change aussi son statut. Sa guérison réussit au point qu’elle retrouve la communication par la parole et dit « toute la vérité ». Expression unique en Marc, exceptionnelle, c’est plus que de la transmission d’information : cette femme fait la vérité sur ce qu’elle a fait et reçu et fait la vérité de la relation avec celui par qui elle l’a reçu. Elle est non seulement saine mais aussi sauvée... par la parole de Jésus : « SOIS ! ». L’authenticité de la foi et de la parole de cette femme échangée avec celles de Jésus l’ont soignée & sauvée alors qu’elle espérait être saine et sauve que par 1 toucher ! Ainsi réconciliée avec elle-même et la société, elle peut s’en aller en PAIX,

avec souhait de santé et de prospérité (selon l’envoi sémitique) et non plus... dans la peur (3).

La femme ainsi sauvée & soignée pourrait clamer le Psaume (29 (30)) :
« Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé, tu m’épargnes... les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse.
Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint...
Avec le soir... viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie.
Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce ! » Psaume (29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd...

Après cette parole, le narrateur revient vers Jaïre... et il apprend par ses gens que sa fille est décédée. Avant même que Jaïre n’ait eu le temps de réagir, Jésus lui recommande fermement : N’aie pas peur Jaïre, croit seulement ! (3) ».
Alors Jaïre, témoin de la guérison de la femme et de la parole de Jésus : « Ma fille, ta foi t’a sauvée... et soignée... », comprend que cette parole sur « la foi qui sauve et soigne » s’adresse à eux 2... à lui... tout autant qu’à la femme, - rajeunie, féconde ... vivante (2 & 3) !

« Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue... (il) prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant (*), et dit : « Talitha koum » = « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet 12 ans ». (Mc5,41-42a). ((*) « kratein » geste d’autorité et non d’émotion de Jésus / la fille qui n’a rien demandé (4))

Jésus prenant la main de celle que Jaïre appelait « sa petite fille » ... lui dit « lève-toi ».
La « petite fille » est morte, la « jeune fille » vient d’éclore. Lorsqu’il avait dit à Jaïre :
« Ne crains pas, crois seulement », Jésus avait anticipativement auguré du résultat final :
la guérison est la conséquence de la confiance du père. Il a fallu qu’il s’investisse dans son acte de foi, qu’il aille jusqu’au bout de sa démarche, pour que l’énergie dont Jésus est le dépositaire puisse libérer la jeune fille... de l’emprise paternelle : « Jeune fille, tu as 12 ans... nubile (dès cet âge-là dans le monde juif) ... tu es sur le point de devenir une femme sexuée... féconde... lève-toi, prends ta vie en main, tu es capable d’une existence autonome... choisis ta route, ton parcours ». L’autre récit, celui de la femme hémorroïsse, est ainsi rejoint :

« Ma fille, ta foi, t’a sauvée, ta foi t’a soignée ». L’une est « vieillie », l’autre « rajeunie ». Elles se rejoignent dans une nouvelle vie de « résurrection » (2 & 3).

Pourquoi le secret ? Ne sont présents lors de cette « résurrection » que :
-les 3 disciples ... ceux qui seront présents lors de la Transfiguration et l’Agonie de Jésus... -le père et la mère... de chef religieux, Jaïre devient père... est-ce parce qu’isolé de la foule... il « perd » son statut... et/ou est-ce lorsque le texte nous fait découvrir la mère de cet enfant ? Les témoins sont pris d’une extase... sans voix...pas de louange, d’action de grâce à Dieu. Alors pourquoi Jésus leur demande-t-il de se taire ?
Tout comme lors de la Transfiguration, le « sens » de la Résurrection ne se comprendra dans son sens profond qu’avec l’éclairage Pascal (3).

Puis Jésus dit aux parents de la faire manger. Pourquoi ?
Peut-être parce que Jésus, constatant la stupéfaction, l’« ex-tase » des parents, désire les ramener dans le monde du quotidien. Elle n’est pas un fantôme !
Et aussi peut-être, si nous utilisons les clefs de la psychanalyse (5), Jésus désire-t-il faire sortir la jeune fille de son « anorexie » ? Le père ayant pris une trop grande place dans la relation triangulaire père-mère-fille, occultant la place de la mère et, n’acceptant pas de voir sa fille passer du statut d’enfant à nubile... la jeune fille, non reconnue dans sa nouvelle identité, en a perdu l’appétit de vivre... l’appétit de manger... Le corps de l’enfant « dit » ce que son père a du mal à entendre : je ne suis plus une fillette (4-4a-4b) !

Oser le contact. Il est remarquable que l’évangéliste insiste sur le contact physique avec Jésus. Dans la culture juive, la règlementation était très stricte concernant le toucher. On ne pouvait pas toucher n’importe qui, n’importe comment, si l’on voulait rester pur. Jésus montre un Dieu tout autre, un Dieu tout proche qui s’est incarné pour un contact avec le peuple, une proximité, une intimité incroyable, inconcevable pour beaucoup. Jésus, tout au long de sa vie et à travers les nombreuses guérisons opérées, encourage ce contact. Mais nous le voyons bien, il ne s’agit pas de n’importe quel toucher.

Dans notre société actuelle, on se touche beaucoup plus que du temps de nos (grands-) parents. Beaucoup de tabous sont tombés, on vit même des touchers intimes, on les voit à la télévision et dans tous les médias. Et pourtant, beaucoup de personnes sont en manque de « vrais touchers ». Beaucoup de soignants, de religieux... d’accompagnants aiment à raconter leur vécu d’avec des personnes en fin de vie surtout celles avec qui aucun dialogue verbal n’est possible. Rien que par le toucher, ils peuvent non seulement communiquer en profondeur avec elles, leur manifester de l’amour, mais aussi les guérir de leurs blessures d’abandon et de rejet. Ils disent avoir assisté à de véritables résurrections !

Le toucher de cette femme envers Jésus est inspiré par la foi, elle n’a pas peur ! Elle sait qu’elle ne doit pas entrer en contact avec lui vu son état, mais elle croit en cet homme. Elle l’a décidé d’elle-même, toute seule, dans le secret... même si ce geste parait ridicule, aux yeux de la foule comme celle des disciples... or ce geste de foi est un préalable (2). Elle a confiance dans l’amour qu’il a manifesté autour de lui. Elle a une audace folle.

Le miracle exige la foi, mais la foi a-t-elle besoin d’un miracle ? NON ! C’est l’évangéliste Jean qui donne cette réponse par ex. en Jean 20,29 « Parce que tu (Thomas) as vu, tu crois. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! ». Demander un miracle pour croire, ou pour augmenter sa foi, est présenté comme un défi à Dieu ; c’est tenter Dieu. La confiance est détruite, or la foi est confiance ! (2)

Marc nous montre que Dieu n’est pas si loin de nous, il est même tout proche. Et c’est, cela la révolution. Révolution pour les juifs de l’époque et encore pour nous aujourd’hui ! Nous aussi nous pouvons l’approcher : c’est ce nouveau regard de Jésus sur Dieu et auquel l’Evangile nous invite... croire en un Dieu qu’il faut oser déranger. Demandons cette intimité avec Lui.

Conclusion. Jésus nous montre que nous ne sommes pas que « tout rayé » quand « tout va mal » ou que « tout transparent » quand « tout va bien ».
L’humain s’épuise à passer de l’un à l’autre sans arrêt.
Quelle violence nous nous faisons à nous-mêmes !

Nous passons notre vie à essayer d’éviter ou de supprimer notre « rayé ». Nous aimerions tant faire ce que Dieu lui-même n’a pas fait : chasser les ténèbres une fois pour toutes ! Dans le récit de la Création (Gn1,1-5), le 1er jour, Dieu ne supprime pas les ténèbres. Il la limite et lui donne une place : la nuit. Elle ne peut tout envahir. De même dans la parabole du bon grain et de l’ivraie... tout pousse ensemble jusqu’à la récolte (Matthieu 13, 24-30). Ouvrons notre conscience : apprenons au rythme des jours et des nuits, de lumières et de ténèbres intérieures et extérieures, à vivre avec notre « transparent » et notre « rayé » présents en nous, chaque jour, à chaque instant. Ce qui nous détruit ou nous paralyse c’est d’être assimilé à l’un des 2. C’est là que Jésus opère une libération.

Profitons de cette période vacancière pour prendre conscience de ce combat spirituel... de nos « transparents » et de nos « rayés » et... avec foi, confiance osons vivre sur cette nouvelle voie. « N’ayons pas peur ! (Jean-Paul 2) ».
 
Belles méditations et Bonnes vacances.
Michèle.

(1) « Jésus non violent. Nouvelle lecture de l’Evangile de Marc. Tome 1. Changer notre regard » Benoit & Arianne Thiran-Guibert, Ed. Fidélité, 2010, Belgique
(2) « Marc. L’Evangile revisité » André Thayse, Eds Racine, Lumen Vitae, 1999, Belgique
(3) « L’Evangile selon Marc. Commentaire biblique : N. Testament », Camille Focant, Eds Cerf, Paris, 2004

(4) « Le toucher dans les Evangiles », M.-Laure Veyron, Eds Cerf Lire la Bible, Paris, 2013

Ici dans le texte, les personnages masculins prennent la parole : Jésus, Jaïre, les gens de maison ; et on remarque un trait commun aux femmes : leur parole paraît difficile :
- la femme hémorroïsse « se parle d’abord en elle-même » avant de parler « en toute vérité » ;
- Jaïre exprime une demande en son nom en lieu et place de sa fille et... de la mère de celle-ci

- des gens qui pleurent et poussent de grands cris : pleureuses ... coutume lors d’un décès...

((4a) voir aussi « Le toucher... » dans la note de la MD du 01/04/2021 « Le jeudi Saint »
((4b) voir aussi « Le toucher... » dans la note de la MD du 11/04/2021 « Le doute de Thomas »
((4c) « Le toucher dans les Evangiles », M.-Laure Veyron, Eds Cerf Lire la Bible, Paris, 2013 A.J. Greimas, étude actantielle (// V.Propp outil pour analyser les contes): le toucher de la femme hémorroïsse de geste d’« opposition » deviendra en fait le geste « adjuvant », clé des actions de transformations dans le texte. Le « toucher » de la femme est le geste pivot où les choses basculent pour Jésus et la femme, - prise de conscience réciproque dans les corps et au-delà, ils sont « touchés » en profondeur malgré la délicatesse, la discrétion du geste -, et il deviendra le socle sur lequel peut s’appuyer la confiance de Jaïre.
(5) « L’Evangile au risque de la psychanalyse » Tome 1, Fr. Dolto, Eds Points, Essais.

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CÉLÉBRATIONS DOMINICALES – RÉGIME ORDINAIRE

Samedi soir
18h. à St Martin, Roux-Miroir

Dimanche matin
9h30. à Ste Gertrude à Jauchelette
10h. à Ste Barbe, Sart-Risbart
10h. à St Aubain, Opprebais
11h. à St Joseph, Glimes. Tous les 1er dimanche du mois :15h : le rosaire
11h. à St Laurent, Chapelle, des Rameaux à Toussaint, ou à St Denis, Piétrebais, le reste de l’année sauf messe des familles

Dimanche soir
18h. à St Pierre à Incourt